Pour comprendre l’ambition du projet, il faut se replacer dans le contexte de l’époque. Internet existe déjà, bien sûr, mais il reste lent, instable et très inégal selon les territoires. Pau fait alors un pari presque fou : déployer un réseau de fibre optique jusqu’à l’abonné, bien avant que cela ne devienne la norme. On parle là d’un des premiers réseaux FTTH en Europe, porté notamment par la Communauté d’Agglomération Pau-Pyrénées avec le soutien d’André Labarrère.
Sur le papier, l’idée est simple : offrir aux habitants et aux entreprises un accès Internet ultra haut débit, stable, capable de supporter de nouveaux usages. Dans les faits, c’est une petite révolution. À Pau, on commence déjà à imaginer, et parfois à tester, ce qui deviendra banal dix ou quinze ans plus tard : télévision sur IP, visioconférence avancée, services numériques pour les entreprises, diffusion de contenus audiovisuels en ligne.
Évidemment, comme souvent avec les projets en avance sur leur temps, la réalité est plus nuancée. L’infrastructure est là, mais les usages mettent du temps à suivre. Les foyers français sont encore majoritairement équipés en ADSL, les équipements ne sont pas toujours prêts, et surtout les habitudes n’ont pas encore changé. Avoir du très haut débit, c’est une chose. Savoir quoi en faire, c’en est une autre.
Pour les acteurs locaux et notamment pour ceux qui produisent du contenu, comme Franck Zordan et ses équipes, Pau Broadband Country devient pourtant un terrain d’expérimentation exceptionnel. Un laboratoire à ciel ouvert, où l’on peut tester de nouvelles formes de diffusion, imaginer des médias locaux connectés et anticiper ce que sera le futur du numérique.
Avec le recul, Pau Broadband Country n’a peut-être pas transformé immédiatement le quotidien de tous les Palois. Mais il a fait quelque chose de plus important encore : il a ouvert une voie. Une voie dans laquelle, quelques années plus tard, tout le monde allait finir par s’engouffrer.